“Parfois, je pleure en pensant à tout ce qu’on a perdu”

Sur sa photo de profil WhatsApp, Soheila*, 23 ans, passe sa main dans ses long cheveux bruns et arbore un large sourire. “Je ne portais pas le hijab [voile islamique] Avant que les talibans le rendent obligatoire”explicable la jeune Afghane qui répond par messages à franceinfo. “Mais, à présent, les femmes doivent se couvrir, sinon elles seront battues”, écrit, dans un anglais laconique, celle qui habite toujours dans la province de Kabul, un an après l’arrivée des combattants fundamentalistes islamistes au pouvoir.

Conformément a l’interpretation ultra-rigoriste de la charia (loi islamique), faite par les talibans, un décret dating du 7 mai a acté cette nouvelle règle vestimentaire pour les femmes. Le texte, written by the Ministère de la Promotion de la Vertu, which replaced the Ministère de la Condition féminine dès septembre 2021, précis que les femmes should porter un voile intégral, “car c’est traditional et respectueux”.

Soheila, issue de la minority tajike d’Afghanistan, travaillait pour le ministère de l’Intérieur avant la prise de Kabul. Elle ne peut à présent s’y rendre qu’une fois par semaine, pour les affaires courantes. Son salaire a été divise par quatre, le tout dans un contexte de crise économique et de catastrophe humanitariane qui srappent le pays more durement que jamais.

“Mon quotidien, je le passe à présent à la maison. Parfois, je vais dehors, mais je ne peux plus circuler librement.”

Soheila*, Afghane de 23 ans

à franceinfo

Au-delà de 72 kilometers du domicile, les femmes doivent en effet être accompanied d’un “mahram”, à savoir un chaperon qui peut être un mari ou un homme de la famille.

Avant le 15 août 2021, la condition des femmes de ce pays de près de 39 million d’habitants n’était déjà pas idéale, insiste Chantal Véron, responsable éducation pour l’association Negar, qui vient en aide aux femmes afghanes. Oui, mais “au moins les droits des femmes étaiten reconnus”, se souvient-elle. Chantal Véron a déjà assisted, impuissante, à la première arrivée au pouvoir des talibans, entre 1996 et 2001. Une fois les fundamentalistes déchus, elle avait aidé à la reconstruction du pays, en créant des infrastructures sportives ou des écoles. Tout s’est de nouveau effondré en août 2021. “A présent, il n’y a plus de droit pour les femmes : elles ont tout perdu”, déplore-t-elle.

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“Nos vies de femmes ont sombré dans le gouffre de la misère”, confirm Naeema, 26 ans. Employée du gouvernement, cette Kaboulienne a perdu son travail au sein du Ministère de l’Education avec le changement de régime. Elle n’est pas seule : depuis un an, les femmes ont été exclues de la plupart des emplois publics et licenées de nombreuses entreprises privées. Seul quelques emplois leurs restent ouverts, notamente dans le sector médical.

Progressively, l’horizon de Naeema s’est rétréci et son quotidien s’est retrouvé bouleversé. “Je ne vis pas, je survis et, parfois, je pleure en secret en pensant à tout ce que l’on a perdu”, décrit la jeune femme, become militante féministe. “En un an an, tout a changé pour les femmes afghanes : l’access à l’éducation, à l’emploi, la liberté de mouvement, l’access aux soins de santé, la liberté d’expression, le droit de vivre en sécurité, ou même d’avoir accès au sport ou à la musique…” liste Nassim Majidi, director of the research center Samuel Hall et specialist de l’Afghanistan, interrogée par franceinfo.

A leur arrivée aux commandes, kalashnikov à la main, les fundamentalistes islamistes avaient d’abord tenté de rassurer la communauté internationale, en promettant d’avoir changé. Au lendemain de la conquête de Kabul, leur porte-parole, Zabihullah Mujahid, declarait ainsi qu’il y aurait “de nombreuses différences” dans leur manière de gouverner, par rapport à leur règne à la fin des années 1990.

Une promesse qui n’a pas été tenue, d’après la chercheuse Nassim Majidi, qui y voit avant tout une proof de la soif de pouvoir des talibans : “Les femmes sont un moyen pour eux de mieux controler, car elles sont souvent le pont entre la vie privée et la communauté. En les coupant de la vie communautaire, ils exercent un plus grand contrôle sur les familles : ils isolent ainsi davantage les foyers et généralisent la denonciation”analyze-t-elle. Pour isoler toujours plus les femmes, les talibans ont ainsi démantelé le système de protection contre les conjugales violences. La chercheuse points out that the number of forced marriages, notably d’enfants et de jeunes filles, augmente.

“Marier les girls à des talibans permet aussi d’assure la sécurité de la famille.”

Nassim Majidi, founder of the center of research Samuel Hall

à franceinfo

“Avec le manque de perspectives scolaires et professionnelles pour les femmes, les familles souhaitent les marier car il s’agit de bouches en moins à nourrir”, relate-t-elle. Car depuis un an, les bancs des écoles afghanes se sont vidés : l’enseignement a été interdit aux filles au collège et au lycée durant sept mois, avant d’être brièvement autorisé de nouveau le 23 mars, puis interdit une seconde fois. Dans une étude Published in April (link in English)les ONG Save the Children et l’Unicef ​​estimaient ainsi à près de 80% le nombre de filles déscolarisées dans l’enseignement secondaire.

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Même situation pour les étudiantes, qui naviguent entre interdictions formalles et assouplissement des règles. En septembre 2021, les talibans ont annouce accepter les femmes dans les universités privées. Pour la première fois depuis la prise du pouvoir par les talibans, des universités publiques ont aussi rouvert leurs portes aux femmes en début d’année, mais pour des cours non mixtes et sous de stricte conditions. “Dans les faits, de nombreuses étudiantes sont discriminées par les gardes à l’extérieur de l’université si elles ne correspondant pas aux règles d’habillement. Cela les décourage et beaucoup ne viennent plus étudier”, reporte le président d’Amnesty International France, Jean-Claude Samouiller. According to him, the situation in Afghanistan is est “catastrophic”.

“On assist à un effondrement de la notion du respect des droits humanas pour toute la population et en particulier pour les minorités ethniques et les femmes”, point-t-il aupres de franceinfo. Dans un rapport publié fin juilletl’ONG tire la sonnette d’alarme : le régime se montre une particulier répressif, notably vis-à-vis des femmes. “Le concept de corruption morale, qui est un crime dans la legislation talibane, est utilisé pour sanctionner les femmes. Sa définition très vague permet d’arrêter à peu près tout le monde: pour une femme qui circule sans ‘mahram’ ou qui a son foulard mal mis, c’est la prison”, constate Jean-Claude Samouiller, qui prévient : en détention, les femmes peuvent être battues. “On a l’exemple d’une personne qui a reçu de la torture psychique et des déchargements électriques.” Sans action rapide de la communauté internationale, “la situation va encore empirer”, pronostique-t-il.

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Une vision sombre de l’avenir partagée par Naeema, qui a toutefois décidé de se battre pour ses droits malgré les dangers encourus et “l’atmosphère”. pesante”.Nous plans ensemble, prévoyons des meetings de dialogue, afin de pouvoir organiser une protestation contre les talibans misogynes et rétrogrades”relate-t-elle, avant d’être interrompue par une panne internet, un aléa devenu courant à Kabul. Fatiguée mais combative, la jeune femme espère un sursaut général, pour que “les femmes du monde prennent conscience de la sombre situation des Afghanes”.

*Le prénom de cette témoin a été modifié.

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